Banniere
L'éducation aux changements climatiques: un enjeu citoyen
Par Jonathan Piron - mai 2010
Partager sur Facebook Delicious Partager sur Delicious

Les défis climatiques seront incontournables au XXIème siècle. L'éducation à mettre en place face à ces défis est donc de premier ordre. Pourtant, présente dans la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques1, la question de l'éducation et de la sensibilisation du public est absente des conclusions du Sommet de Copenhague. Or, l'enjeu de la sensibilisation est un des éléments les plus importants des défis climatiques à venir. Le changement climatique constitue un enjeu mondial et l'éducation joue un rôle central pour le comprendre, l'atténuer et s'y adapter. Cette éducation permettra également de former des citoyens du monde responsable, conscients des enjeux mondiaux et dotés des instruments permettant d'y faire face. Cependant, les difficultés dans la prise de conscience, ainsi que les lacunes dans les méthodes d'éducation restent nombreuses. Le but de cet article est de se pencher sur ces obstacles persistents, et sur les manières de les contrer, afin de forger une édication aux changements climatiques réellement effective.

Plusieurs sondages montrent que, globalement, les citoyens européens sont conscients de la présence de changements dans le climat2. Cependant, beaucoup peinent à trouver les moyens d'actions adéquats, ainsi qu'à parvenir à cerner correctement les causes réelles des changements climatiques. Certains, enfin, sont convaincus que ces changements ne s'opéreront pas de leur vivant, et que l'impact de l'humain sur ces modifications est presque nul. Ces difficultés de compréhension s'expliquent par le caractère difficilement perceptibe des modifications climatiques: soit parce que celles-ci sont invisibles à l'oeil nu, comme l'accumulation des polluants dans les nappes phréatiques, soit parce qu'elles sont cantonnées dans des régions éloignées, comme la fonte du pergélisol en Arctique, ou soit parce que ces notions sont difficilement compréhensibles sans un bagage intellectuel important (les causes des modifications climatiques se retrouvent dans une multitude de domaines, interdépendants entre eux par des liens à la fois proches et lointains). Ces difficultés d'intégrer la question du changement climatique dans notre conscience individuelle impliquent dès lors une nouvelle communication et une meilleure intégration de tous les citoyens face aux modifications en cours. Pour parvenir à éduquer, il est donc nécessaire de mieux communiquer.

Cette communication et éducation doit ainsi porter sur la responsabilisation des actions individuelles mais aussi sur la compréhension du rôle de l'Homme dans les modifications climatiques en cours. les messages les plus importants à transmettre sont les suivants: les changements climatiques se produisent vraiment et empireront avec le temps les scientifiques en sont certains; les humains sont responsables de ces changements; les citoyens doivent agir et sont capables de diminuer l’ampleur du phénomène à la condition de s’impliquer immédiatement. Cette mise en action positive des capacités des citoyens est souvent mise en avant par les analystes. Elle permet de dégager un message d'espoir, mais également de sortir d'une logique de la peur, souvent néfaste, et amenant le déni, et enfin de permettre l'émergence d'une citoyenneté participative essentielle aux buts recherchés dans ces domaines. Ces aspects sont d'autant plus nécessaires qu'il est aujourd'hui prouvé que la technologie seule n'aidera pas à répondre à ces défis3.

Or, l'unique transmission de connaissances ne peut aider à atteindre ces buts. Dans le cadre de l'éducation aux changements climatiques, il s'agit bien d'aller plus loin, à travers ce que certains analystes déclinent autour de la prise de conscience, de l'acquisition des connaissances, de l’état d’esprit, des compétences et de la participation4. Les citoyens doivent ainsi devenir eux-mêmes acteurs de leur formation, notamment en allant sur le terrain, en utilisant des méthodes d'expérimentation, en dressant des pronostics futurs et en proposant des solutions. Ces différents éléments servent ainsi à la mise en place d'une véritable écocitoyenneté, incluant des éléments participatifs et donnant aux citoyens un rôle central dans l'élaboration des scénarios préférables.

Ces formes d'éducation seront, bien entendu, différentes suivant une éducation à l'atténuation ou à l'adaptation. Ainsi, une éducation à l'atténuation face aux changements climatiques, c'est-à-dire visant l'ensemble des mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre5, portera essentiellement sur les actions menées au quotidien, et dans son univers local, et visant analyser ses dépenses énergétiques, à déceller celles comme étant non essentielles, et à mettre en oeuvre des mécanismes alternatifs diminuant ses impacts énergétiques. L'éducation visant à l'adaptation face aux changements climatiques est, elle, plus difficile à mettre en place. Elle vise à aller plus loin et à ajuster les systèmes humains ou naturels confrontés à un environnement nouveau ou changeant6. Son cadre est donc à la fois plus large, mais également plus flou. Les solutions à trouver dépassent donc le cadre individuel, pour rejoindre celui de la communauté. Ce sont donc bien les membres de la communauté qui doivent ensemble analyser les problèmes environnementaux actuels, prédire les impacts possibles des changements climatiques sur leur territoire, évaluer le degré de vulnérabilité de leur communauté et résoudre les problèmes potentiels qui pourraient y être engendrés7. Alors que le premier s'intégrait totalement dans les missions d'éducation traditionnelles, le second type d'éducation, lui, nécessite la participation de tous, dans un aller-retour entre citoyens et scientifiques, les premiers fournissant leurs connaissances et réflexions tirées de leur milieu de vie propres, tandis que les seconds proposeraient leurs connaissances techniques permettant d'atteindre les buts définis. Ce type d'éducation, clairement participatif, nécessiterait dès lors un cadre de rencontre bien défini, dans lequels chacun parvient à trouver sa place et à faire part de ses propres expériences.

On le voit, les défis liés à l'éducation aux changements climatiques sont donc à la fois complexes et multiples. Complexes car ils prennent en compte des éléments techniques difficiles à appréhender, portant sur la compréhension des éco-systèmes, de leurs corrélations et de leurs effets, et multiples car ils nécessitent de se pencher sur les objectifs poursuivis, soit à travers des objectifs d'atténuation, soit à travers des objectifs d'adaptation. Toutefois, ces principes d'éducation doivent dépasser le seul cadre de la connaissance, comme trop souvent il est encore le cas à l'heure actuelle. Ils doivent clairement viser en l'insertion de tous les citoyens, de tous âges et de tous milieux, dans les réflexions et processus à mettre en place. Le caractère globalisant des changements climatiques impose ce postulat. C'est peut-être justement là que se trouve la chance de réussite de cette éducation: en responsabilisant les citoyens, en les rendant acteurs de leur milieu, et en les réalisant comme moteurs positifs de changements, l'éducation aux changements climatiques, en plus de trouver ses propres voies de réussite, permettrait à une nouvelle forme de citoyenneté de pouvoir émerger.


1Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques, Bonn, UNFCCC, 2008, p. 175-176.

2Eurobaromètre Spécial 1295, Attitudes des citoyens européens vis-à-vis de l'environnement, vol. 68, s.l., Commission Européenne - Direction Générale Presse et communication - Unité Recherche et Analyse politique, 2008.

3Brian Davey, « Changing the lifestile package », in Open Democracy, 15 décembre 2009, [en ligne], http://www.opendemocracy.net/brian-davey/changing-lifestyle-package, page consultée le 22 mars 2010.

4Diane Pruneau, Mélanie Demers et Abdellatif Khattabi, « Éduquer et communiquer en matière de changements climatiques: défis et possibilités », in VertigO – La revue en sciences de l'environnement, Vol. l8, no. 2, Montréal, octobre 2008, p. 5.

5François Gemenne, Géopolitique du changement climatique, Paris, Armand Collin, 2009, p. 135.

6Ibid., p. 174.

7Diane Pruneau, Mélanie Demers et Abdellatif Khattabi, « Éduquer et communiquer en matière de changements climatiques..., op. cit., p. 6.